16.1.07

A scanner darkly

Un article écrit pour feu relativement.com

Comme j'aime beaucoup écrire pour ne pas être lu, et surtout que l'idée d'être le dernier me plait grandement, j'ai décidé de vous donner une dernière review sur un thème qui m'est cher, et sur un film que j'ai fortement apprécié. C'est ainsi que je vais vous conter A scanner darkly.

Alors vite fait le plot de départ, un poil complexe mais nécessaire. Californie, 2013, Fred aka Robert Arctor (Keanu Reeves) agent de la DEA, spécialiste des missions d'infiltrations, joue les taupes auprès de ces amis.

Tous actifs utilisateurs de la substance M (substance D en vo - d for death). Tous accros, tous perdus. La substance D est une drogue parfaite dès sa conception, à la première prise le sujet deviens addicted purement et simplement, les hémisphères du cerveau se télescopent, se battent pour prendre la dominance, la réalité se brouille et bientôt vous sombrez dans un état de paranoïa meurtrier.

Dans sa combinaison de camouflage, Bob Arctor reçoit l'ordre de s'espionner (son boss et lui ne se sont jamais vu sans leur combinaison à multiple visages). Il regarde ses délires de junkies au bureau se perd en doutes, en trahison et en indécisions. Il se voit sombrer dans la paranoïa, il s'accroche à l'image de son identité qui s'effrite à chaque absorption de cette pilule rouge.

Plusieurs obstacles peuvent empêcher le spectateur d'entrer dans ce film.

Premièrement, l'aspect graphique, remarquable, qui sert avec perfection l'histoire, peut révulser tout ceux qui ne veulent pas voir leur réalité s'échapper sous leurs pieds. L'arrière plan trouble, indécis, n'est là que pour souligner l'état psychique des protagonistes, les traits changeant des visages, les perspectives changées, tout est en œuvre pour pousser le spectateur à l'état d'ivresse.

Deuxièmement, l'histoire se brouille au fur et à mesure que le film avance, plusieurs fois on peut se demander où cela va nous mener, la seule parade est de se laisser bercer par le fil de l'histoire, et d'accepter le flot de parole continu (j'y reviendrai). Si le postulat de départ et la fin peuvent être réduit en une phrase de neuf mots, les égarements de la narration, entrave la compréhension directe de l'histoire. Mais tout ceci n'est là que pour nous pousser à la réflexion à la sortie de l'obscurité.

Troisièmement, ce flot de paroles, de phrases longues, de narration, peut sembler indigeste, mais les deux seuls sens utilisés dans un cinéma sont la vue et l'ouïe.

La vue est submergée par ces images mouvantes, les scènes aux délires fantasmagoriques, la combinaison de camouflage, qui hypnotisent la salle.

L'ouïe est mise a rude épreuve, pour compléter ce besoin d'hypnose, tout le monde parle tout le temps, de la réflexion de Bob, aux explications des psychiatres en charge de vérifier l'état neurologiques des agents infiltrés, en passant par les délires des espionnés (Robert Downey Jr est magistral), le tout est un mélange dangereux pour celui qui ne se laisse pas faire, et peut vite devenir agaçant.

Dans l'obscure pièce projetant la pellicule, sur la cinquantaine de personnes partageant l'aventure avec moi, seul deux ou trois (dont votre serviteur) ont rit devant les explications paranoïaques des observés, la complexité de leurs raisonnements énormément dérangés par la substance, le sérieux en deviens humoristique, seulement pour ceux qui l'accepte. (J'ai un peu laissé traîner mon oreille à la sortie pour ne pas prendre en compte que mon seul avis).

Bref un bon film, une belle expérience, une joie et une dernière note de gaité pour ce site mourant que j'ai beaucoup aimé dans l'ombre de mon pseudo.

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